Lachez nous avec le lacher prise

Depuis que je suis devenue MÈRE (concept que je ne réalise toujours pas : j attends encore que la vraie maman de mon fils vienne le chercher) depuis donc quelques mois, ma vie est devenue nettement plus compliquée. Mon cerveau déjà rempli de 1001 questions sur le sens de la vie et le pourquoi du comment est en passe d’imploser maintenant que la problématique « élevage d’enfant » à fait son entrée dans ma tête. Chaque minute, chaque action, chaque décision donnent lieu à 123 questions. C est épuisant.

J’ai eu le malheur, assez tôt, de me tourner vers les comptes Instagram de mamans, pensant, naïvement, rejoindre une nouvelle communauté. Mais quelle erreur. Toi, jeune maman qui me lis, FUIS. Fuis ces comptes. C’est le mal. La promesse assurée d’une dépression immédiate. Pourquoi ? Parce qu’ils sont beaux. Ils sont doux. Ils sont pastels. C’est un monde lumineux. Un monde calme. Les mamans sont belles, avec des pores de peau parfaits. Leurs bébés sont paisibles. Assortis au canapé, dans leur barboteuse immaculée. Comble de l’arrogance, ils alternent sieste de 3h avec éclats de rire. Les larmes sont de joie, la douleur est amour, la fatigue est un placement de produit, et tout est naturel et joyeux.
Bref on est loin des crevasses, du lait caillé qui sèche sur l’accoudoir du fauteuil, et de bébé qui régurgite sur le body trop petit en hurlant dans tes bras épuisés.

Mais je m égare. Ce que je voulais dire, c’est qu’au milieu de cet étalage de bonheur, revenait constamment un concept : celui du lâcher prise. Ces mamans affirmaient toutes être pleinement heureuses et épanouies depuis qu’elles avaient « lâcher prise ».

Mon dieu que j’ai détesté ce terme. Pourquoi ? Et bien déjà parce que je suis de mauvaise foi. Je l’ai détesté parce que moi je n’ai jamais réussi à lâcher prise. Et ça m’a rendu dingue. Ça avait l’air si simple, et si merveilleux, la vie, une fois qu’on avait réussi à « lâcher prise ».
Alors qu’est ce qui me dérange dans ce concept tel qu’on nous le vend ?

Tout d’abord ses applications : on me disait de lâcher prise avec les impératifs du quotidien : tu feras la vaisselle plus tard, tu mangeras des plats tout préparés, tu te doucheras quand tu auras le temps, et tant pis pour les lessives. J’imagine que l’idée était de ne pas s’épuiser davantage avec toutes ces taches. Sauf que non. Ces tâches, elles étaient libératrices pour moi. Elles permettaient de garder un peu de normalité dans cette nouvelle vie toute chamboulée. Attention, je vais même aller très loin : dans le livre Et si c’est un homme de Primo Levi, il parle d’un compagnon de camp de concentration (oui j’ose la comparaison) qui se lavait tous les jours, bien que l’eau soit glaciale et que potentiellement ils allaient mourir. Mais cet entêtement lui permettait de garder sa raison et de rester humain alors qu’on le traitait pire qu’un animal. Et bien moi, c’est pareil (en moins pire hein quand même). Me laver tous les jours, c’était garder le contrôle. Avoir un appartement propre et rangé, c’était sauvegarder ma santé mentale.

Lâcher prise, on me dit que c’est laisser tomber les horaires : pas de contraintes, pas de stress. Vivre aux envies et aux sensations.
Oui mais alors non. Il faut savoir quel genre de maniaque je suis : j’adore tracker les choses. Compter. Suivre. Recenser. Noter.
Tant et si bien que dès les 3 semaines de mon fils, j’ai mis en place une « roue d’allaitement ». Je notais chaque tétée sur une roue de 24h. L’idée était, au fil du temps, de voir émerger des rythmes et un schéma de fonctionnement. Spoiler : ce fut un échec.
Au 3° mois, toujours la tête dans le guidon, j’y ai ajouté le sommeil. Donc à 3h du matin, je notais sur mon téléphone « réveil 3h05, tétée puis recouchage 3h45 »
Et en fin de semaine je reportais tout ça sur papier.
Dans le genre « pas lâcher prise », on est sur un premier prix.
Mais pour moi, les horaires me permettaient de rythmer cette nouvelle vie où justement tous les repères avaient disparu. Sorte de bouée de sauvetage mentale.

Lâcher prise c’est s’écouter. Se faire confiance. Faire confiance à son bébé. « car au fond, vous savez ce qui est bon pour vous ».
Non. Désolée. Au fond de moi il n’y avait que peurs et doutes. Quand ton bébé hurle, que toi tu pleures, tu ne peux pas lâcher prise, car dans ce moment là, « lâcher prise » veut probablement dire t’enfuir très loin.

Alors peut-être que je n’avais pas compris ce qu’était le lâcher prise. Peut-être que je n’avais pas assez essayé de lâcher prise.
Mais toujours est-il que ce conseil, ce concept, m’a bien plus souvent fait culpabiliser : culpabiliser de ne pas être « une mère relax ». Culpabiliser de ne pas arriver à être heureuse, alors que c’était sensé être le plus beau moment de ma vie. Et surtout j’avais l’impression que les autres mamans parfaites, justement, elles ne lâchaient pas prise ! (cf les maisons parfaites et les bébés qui dorment paisiblement) Mensonge donc !

La réalité est en fait plus complexe : chère jeune maman, qui te sens dépassée et qui ne sais plus à quoi t’accrocher… je ne te dirais pas de lâcher prise si tu ne te sens pas de le faire. Je te dirais plutôt de t’accrocher, de t’accrocher fort, mais aux bonnes choses : tu ne peux pas tout contrôler. Tu ne pourras pas faire que ton enfant dorme quand tu as envie toi aussi de dormir. Tu ne pourras pas toujours manger à l’heure à laquelle tu avais l’habitude de manger. Mais accroche toi aux choses que tu peux contrôler. Décide de ce qui est important pour toi, et ne lâche pas. Prendre une douche tous les jours. Mettre du vernis. Même si c’est au détriment de 30min de sommeil supplémentaire.

Et puis… il y a quelques temps, j’ai réalisé que c’était peut-être ça en fait le « lâcher prise »… ce n’était pas de suivre les conseils des autres mamans « relax ». C’était justement de trouver ce qui compte pour soi, de trouver comment tenir mentalement, et… de lâcher tout le reste. Lâcher l’envie de faire autrement que ce qu’on a envie de faire. Et si on a envie d’être une maniaque des horaires, alors go le chrono. Et si on a envie de vivre en slip dans un appart crade, alors en avant Guingamp !
Je crois que lâcher prise, c’est lâcher l’emprise (t’as vu ce super jeu de mots ?). Mais je crois aussi que c’est impossible au début. Et que peut-être que ce n’est pas grave ? Que c’est en pleurant dans son salon qu’en fait on devient mère. Courir un marathon sans avoir mal c’est pas drôle. Devenir mère sans craquer ce n’est peut-être pas possible en fait.

Qu’en penses-tu ? As tu réussi à « lâcher prise » toi ?

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