Il a fallu des millions de « quelqu’un »

L’autre jour, je sortais de chez moi (c’est assez rare, rapport au statut de Freelance), alors que soufflait sur la capitale un « petit vent de Moscou », créant cette sensation unique sur mon visage : l’impression d’avoir la peau qui s’arrache en lambeaux à chaque rafale sibérienne. Bref, il faisait FROID.

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Or je fais partie de « ces gens » (car oui, il s’agit bien d’un type de personne) à qui ce genre d’expérience rappelle les romans et les livres d’histoire. Affrontant le froid glacial de cette matinée déjà bien entamée, j’ai pensé à Germinal (Zola), au Pays de la Liberté (Ken Follet), aux Moissons délaissées (Jean-Guy Soumy), et à tous ces personnages fictifs mais aussi réels qui se sont levés aux aurores, dans le froid, pour travailler 15h par jour, 6 jours sur 7, de 8 ans à leur mort. A ces millions de « quelqu’un » qui ont vécu bien tristement, à la mine, aux champs, ou à l’usine.

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ok j’avoue j’ai plombé l’ambiance

Pour que je puisse marcher librement sur ce sol en bitume, propre, pour que je puisse m’habiller chaudement et différemment chaque jour, pour que je puisse manger une banane alors qu’on est en France en mars, pour que je puisse acheter n’importe quel livre et en penser ce que je veux, prendre l’avion pour partir en vacances plusieurs fois par an, appeler ma maman qui coule des jours heureux à la campagne, et tout cela à 28 ans, en me sentant encore au début de ma vie, et bien il a fallu que des millions de personnes travaillent toute leur vie, dans la plus grande misère. Il a fallu des centaines d’années, des millions de vies sacrifiées, pour que d’autres puissent avoir le temps et l’énergie (au sens propre) de créer, penser, développer, chercher, construire, imaginer mon présent. Si Blaise Pascal, Jean Jacques Rousseau, Thomas Edison, Eugène Poubelle (et oui) et bien d’autres ont pu faire avancer le progrès, c’est parce qu’ils n’avaient pas besoin de créer eux-même de l’énergie et des ressources premières. C’est parce que des familles ont passé l’intégralité de leur existence à produire plus qu’il ne leur fallait pour leur simple survie, que d’autres ont pu prendre le temps de façonner le monde pour qu’il soit un peu mieux.

C’est injuste. Et c’est beau.  Et c’est fascinant.

Et moi dans tout ça ? Moi j’arrive au RER, je m’engouffre dans le sous-sol de Paris, enfin un peu de chaleur. En validant mon pass navigo, je me demande si aujourd’hui des millions de gens sacrifient encore leur vie pour permettre le progrès. Sommes nous en train de construire le monde de demain ? Pollution, malnutrition, obésité, sont-elles les étapes tristes mais « nécessaires » au futur bien-être ? Ou bien, comme certains nous le disent, avons-nous atteint l’apogée de l’humanité et participons nous désormais au déclin ?

Je ne sais pas. Mon RER arrive, j’oublie déjà le froid, la mine, la grande Histoire, et je me demande ce que je vais faire ce week-end.

 

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