Le cerveau qui ne voulait pas mourir

Il y a quelques mois je faisais ce qu’on appelle un « brown out ».

En gros je m’ennuyais au boulot. Bon, dit comme ça, cela ne fait pas très crise du millénaire. En fait, ce n’était pas de l’ennui au sens « je ne sais pas quoi faire », qu’on appelle « le bored out » (toujours plus classe en anglais), mais plutôt le fait d’être frappé par une immense sensation d’absurdité dans mes tâches quotidiennes.

giphy (2)

J’étais submergée par un hurlement intérieur, de « MAIS BORDEL ON S EN FOU »

Ce n’est pas un « bored out » donc, ni non plus un « burn out », car je n’étais pas surmenée ni stressée. Mais c’était clairement quelque chose de out. J’étais juste vide. De manière absolue. J’avais l’impression que mes journées étaient composées de longues heures de discussions et de réunions sur du vide. Que mon cerveau était atrophié. Il y avait des mots, des actions, des gestes, mais il n’y avait pas plus de sens que dans une pièce de Beckett ou Ionesco.

20152016_Spectacles_EnAttendantGodot_002

Une réunion de « point stratégie », c’est un peu comme un discours de Lucky dans En Attendant Godot

Chacun effectuait des petites tâches, tel le colibri faisant sa part du taff, sauf qu’en prenant du recul, je n’arrivais pas à voir le feu de forêt. En fait la tâche globale était pour moi complètement inutile. (Bienvenue dans le monde de la communication me diront les plus cyniques) Et quand bien même j’arrivais à distinguer un but précis je réalisais que je n’étais pas du tout,  mais alors pas du tout d’accord avec ce but.Non. Non, je ne veux pas utiliser mon temps à faire ça. Au mieux je ne servais à rien, au pire je rendais le monde un peu moins beau (selon mes critères de beauté, je vous l’accorde)

giphy (1)

 

Dans mon développement personnel, dans ma trajectoire de vie, il y avait quelque chose qui ne collait pas. J’avais passé des heures à essayer de comprendre ce que l’humanité avait créé de plus beau. J’avais pleuré sur des exercices de maths jusqu’à ce qu’enfin j’arrive à comprendre, j’avais rassemblé toute ma volonté pour parvenir à réaliser ces efforts intellectuels, ces exercices de l’esprit. Je m’étais épuisée les yeux sur des livres, brûlée le cerveau à les digérer, à essayer de saisir un concept, une pensée. J’avais fermé les yeux, emportée par un tourbillon de connaissances qui m’éblouissait, qui me donnait le vertige tant il était pur, profond… et je rouvrais les yeux encore plus affamée. Je voulais savoir. Je voulais apprendre, je voulais comprendre. Je bouillonnais intérieurement. Mon esprit s’envolait. J’étais remplie, et j’en voulais plus. (Bon, ok, j’idéalise un peu les études. Mais je crois bien les avoir vraiment vécues comme ça. Et puis c’est mon blog, je dis ce que je veux ok ?)

Et d’un coup je réalisais qu’en fait, maintenant, je faisais l’opposé. Je n’apprenais plus rien. Mon cerveau était en veille. Il mourrait. Je travaillais pour un client dont le seul objectif était de faire dépenser de l’argent à des gens qui n’en ont pas. De leur vendre quelque chose qui ne les rendrait même pas plus heureux. Je devais choisir des mots, les mettre bout à bout, créer des images, des émotions non pas pour rendre les gens plus heureux ou plus forts mais pour les persuader qu’il faut nous donner leur argent. Je devais faire croire au gens que tel produit leur donnerait du bonheur. Alors que moi-même je pleurais en écrivant ces mots, parce que j’étais malheureuse.

Je ne fais pas un pamphlet contre la publicité, le capitalisme, la société de consommation. Je dis juste que je me sentais impuissante face aux exigences de cette publicité, de ce capitalisme et la consommation qu’ils entrainaient.

Du coup, j’ai dit stop. Je suis partie. J’ai démissionné. 

giphy (3)

Expectation

Haha bien sûr que non, quelle idée ! Aujourd’hui, quand on 27 ans et encore un prêt étudiant, on ne quitte pas un CDI, un salaire fixe, une mutuelle et tout le tintouin, juste parce qu’on n’est pas heureux. Vous êtes fous ? Et la retraite ? Et le prêt immobilier ? Et les croquettes du chats ?  Qui va payer tout ça hein ? C’est pas une raison d’être triste, et pas épanouis. C’est quoi ces vieilles obsessions d’enfants du millénaire pourris gâtés et capricieux. Vous me dégoûtez.

giphy (4)

Reality

Non non, à la place, j’ai été virée. Pardon, pour être plus précise, ils ont décidé « de ne pas valider ma période d’essai » après 6 mois (2×3 mois renouvelable 14 fois, mais c’est aussi pour moi « pour voir si je me plais ici », hein, t’inquiète pas va). Parce que, tu comprends, c’est pas une question de compétences hein, mais tu vois, les budgets, c’est compliqué cette année. Certes on est le premier groupe en France avec des millions de bénéfices, mais …. faut être prudents. En tout cas merci, et bonne continuation. Hey, n’allez pas dire que je suis rancunière. En fait je les remercie (non).

Parce que je suis devenue libre. Libre de dire « qu’est ce que je veux vraiment ? » « Qu’est-ce qui me rend heureuse ? » « Quelle place je veux avoir dans le monde ? »

giphy (5)

Chômage, jour 1.

Et vous savez quoi ? Et bien 6 mois après, je n’en sais toujours fichtrement rien. (Je conçois que vous devez être extrêmement déçus de ce dénouement).

Mais j’ai acquis la certitude qu’il ne faut jamais se retrouver dans cette situation de perte de sens. J’ai appris que l’argent, l’ascension professionnelle, le pouvoir, la sécurité, ne combleront jamais le gouffre de l’absurdité. Et c’est dur parfois de s’en souvenir. Il m’arrive de me dire « en fait, c’était pas si terrible… j’exagérais peut-être ». Mais dès que je me remets dans une situation qui s’en rapproche (avec certaines collaborations par exemple) (oui car je travaille en Freelance maintenant) (donc j’ai avec des clients variés) (bref), donc, je disais, dès que mon quotidien se rapproche de l’absurde, mon cerveau tire une sonnette d’alarme.

L’open space ne m’a pas tué(r) mais il m’a violemment appris à ne pas laisser la peur de l’inconnu, la peur de ne pas avoir le dernier iphone, la peur de faire différemment de « tout le monde » prendre le pas dans mes choix de vie. L’argent reste un facteur de décision (rapport aux croquettes du chat) mais la pauvreté intellectuelle m’a fait bien plus mal que celle de ne pas avoir 12 paires de chaussures.

Amen.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s