L’écotrail c’est LoL.

Que dire de l’écotrail ? On est presque 7 heures seul avec soi-même… On a que ça à faire, de penser. On vit chaque minute, chaque kilomètre, chaque pas.
Et pourtant, tout s’efface à l’arrivée…
une semaine après, voici ce qu’il me reste :un superbe départ, dans les jardins du château de Versailles. Je crois que même le marathon de Paris a du mal à rivaliser avec un tel départ.
En plus, il faut dire qu’on est nettement moins nombreux que sur les Champs Elysée, on attend au soleil, assis sur l’herbe devant l’un des bassins… l’ambiance est au pique nique ! On en vient à se dire que la journée pourrait presque être agréable !
Départ à l’heure. Il fait un temps parfait : du soleil mais pas trop chaud. Pourtant je n’ai pas osé retirer mon coupe-vent de mon sac. Je sais que je ne vais pas m’en servir, mais ça me rassure de l’avoir. Après tout, je ne sais pas dans quel état je serai d’ici 40 bornes.
Je suis probablement placée un peu trop devant, il faut donc que je me force à ne pas me laisser emporter par l’excitation du départ. (l’excitation des AUTRES j’entends hein.) Cramer de l’énergie ici en partant trop vite serait une grosse erreur de débutant. Et pourtant, je pars un peu trop rapidement.
Je déteste toujours les premiers kilomètres sur une course. Je suis complètement à l’écoute de chaque muscle, chaque douleur, à essayer de savoir si je suis « bien », quelles sont « les sensations ». Alors que les premiers km sont un échauffement : les sensations sont toujours affreuses.
Je me répète les consignes : trouver son rythme, marcher dans les côtes, boire boire boire… surtout, gérer cette hydratation, si cruciale. Qu’est-ce que j’oublie ? Ha oui, prendre du plaisir. Bon. ok. Pourquoi pas. ça devrait pas être trop difficile entre ce bassin et ce petit Trianon.
Je suis étonnée (comme toujours sur les « longues distances ») de la vitesse à laquelle passent les km. J’en suis déjà à 5, à 6, à 7 et j’ai l’impression de commencer. (oui bon, je COMMENCE en effet. )A la sortie des jardins, premier petit coup au moral (nooooon pas déjà, pas MAINTENANT): peut-être parce que le décor devient nettement moins beau, peut-être parce qu’on est sur le bitume, au soleil, et que la température monte, ou parce qu’il faut s’arrêter pour laisser passer les voitures, et donc casser son rythme… peut-être parce que passer 7km, c’est chiant de courir ?
Quelques centaines de mètres plus loin, un goulot d’étranglement nous force à piétiner à nouveau. 8minutes sont perdues ainsi.
Et puis, enfin un peu de forêt et de terre sous nos pieds. Sans le RER, on pourrait presque se prendre pour Kilian Jornet non ? non. Soit. Mais ça sent le trail quand même.J’ai très soif. Je bois. Mais je sens toujours la soif. (température ? poussière ?) Je réalise avec horreur à partir du km 14 que le sucre ne passe pas. Je n’en ai pris que 2 pour le moment, et le 3°, un peu plus tard, confirme mes peurs : mon estomac refuse. Peut être à cause du trac ? (bah oui, ça fait quand même quelques jours que j’ai une boule au ventre en pensant à cette épreuve)
l’eau passe difficilement, mais je sais que cette question est non négociable. Il faut boire.

Les sensations ne sont pas très bonnes, et je désespère de broyer déjà du noir. On m’a dit qu’il fallait tenir jusqu’au premier ravito, à 28km. On m’a dit qu’une fois arrivé là, c’était gagné (mouaip…) Et puis, pour le moment, je suis sur une distance connue, je n’ai juste pas le droit d’en avoir marre.
Je mets ma musique un peu avant 20, et je retrouve avec elle un peu de d’énergie et de motivation. Je retrouve surtout cette alternance bien connue : entre chaque moment difficile, sur une course, il existe des moments de grâce. De pur bonheur. Il fait beau, nous sommes en pleine forêt, le rythme de la musique s’accord parfaitement à ma foulée (ou serait-ce l’inverse ?), et je suis heureuse d’être là. C’est le grand jour ! Et puis, plutôt m’effondrer de fatigue que d’arrêter. #Sports-d-agonie
Je compte tout de même les km qui me séparent du 1er ravitaillement.

Il apparaît enfin… et ressemble terriblement à disneyland. De la musique, de la bonne humeur, des gens qui papotent qui se reposent, de l’eau, de la nourriture à volonté… on m’a prévenu « ne t’attarde pas trop, sinon tu ne repartiras pas ». En effet, je veux rester à tout jamais ici. S’il vous plait.
Je m’interdis de m’asseoir, ou d’envisager de retirer mes chaussures comme certains. Je remplis aussi vite que possible mon camelbag. J’attrape 2 tucs en me disant que le salé passera peut-être. Une photo souvenir de cet Eden, et je repars. Au total, je suis restée 5minutes et quelques.

En effet, la course change : passé cette première étape, on se dit que la suivante n’est « que » dans 14bornes, et qu’ensuite ce sera la fin. Aller. Aller. On entre dans les 30. ALLER !
Les 7km suivants sont très durs. Pas de sucre, mon estomac n’en veut pas. L’eau passe difficilement. (mais je me force) Je grignote doucement les tucs entre le 33 et le 35. Ça commence à tirer sur les mollets : les côtes deviennent de plus en plus dures, même en marchant. Et l’arrivée semble encore tellement loin !
Un bénévole nous dit qu’on a atteint le point le plus haut, aux alentours du 36. « maintenant, ça descend »…. mouaip… tout est relatif.
Les passages dans les patelins sont difficiles car ils sont synonymes souvent de marches (escaliers) et de pentes fortes, et d’arrêts pour laisser passer les voitures, mais je les apprécie car ils font passer le temps plus vite en rompant la monotonie.
je sens que je perds en vitesse. (le mot « vitesse » est assez relatif ici…)
c’est dur. Je le savais, je m’y étais préparée. Mais c’est dur.
ça ne passe pas….

Et puis, enfin ! Enfin, je le reconnais ! ça y’est ! Nous arrivons au parc de Saint Cloud. 36ième km. c’est duuuur, mais je sais où nous sommes. (ahhh la tour Eiffel me parait quand même petite de loin là) Une bénévole nous encourage, nous dit qu’on a vraiment FINI de monter cette fois, encore un ou deux virages et c’est le ravitaillement. Cette fois, je sens l’euphorie m’envahir. La bonne humeur revient au galop. Je remets ma musique (que j’avais enlevée au ravito précédent). Je vais FINIR ! je le sais je le sens, c’est presque la fin même.
Petit moment d’égarement euphorique, qui sera vite recadré : il reste 13 bornes cocotte.
Deuxième et dernier ravito, #DisneyTime. J’opte pour du coca, pour changer (et éviter de vomir… ALLO RECETTE DE GRAND MERE) et deux tucs… ça sent l’apéro. Faut que je fasse gaf. Je ne recharge pas mon eau : pour me prouver que c’est tellement bientôt la fin que j’ai pas besoin de recharger.
5 minutes après, je suis repartie.

On retrouve la civilisation. Et ce n’est pas très agréable. Bitume, regards étonnés des passants, pollution, périph et autre décor glamour.
Je n’ai pas mal comme sur un marathon : je n’ai pas deux couteaux plantés dans mes quadri. Mais je sens chaque muscles… cuisses, mollets, je sens mes ampoules (je me dis que tout le sang dans mes chaussures doit me ralentir…), je sens mon dos… ahhh mon dos. Mes épaules. Mes lèvres qui gercent.
J’alterne course et marche. Ce sera ma politique jusqu’au bout : 1km de course, 500m de marche (au dessus de 500m, je sens que mes muscles se refroidissent trop et ne repartiraient pas) Issy les moulineaux… ile seguin… puis bitume et travaux… les quais…. aller! La fin est si proche. Je vais finir… mais c’est long. ça ne passe pas.
La tour Eiffel se rapproche, mais je crains les détours jusqu’à elle.
Enfin, la dernière ile. C’est ici que l’émotion sera la plus forte. J’ai un sanglot. Je vais vraiment finir…. Cette fois je cours. Finis les arrêts. Une montée ? je m’en fiche, je cours (bon et aussi parce que le photographe me dit de courir) Les marches ? je cours (et-double-une-grand-mère-qui-passait-par-là s’il-vous-plait)
Un dernier virage, et je vois au loin l’arrivée. Pour ces derniers 300m, je trouve une nouvelle poche d’énergie cachée je ne sais où, et j’accélère. Je double une dizaine de personnes qui m’avaient doublée récemment. C’est toujours ça de pris 😉
la ligne est franchie, et c’est gagné.

50km, 6h32 au chrono (sans les arrêts ravito)
A cette vitesse, il s’agit clairement d’une course mentale, plus que physique. Et je retiens que le mentale, ça s’entraine aussi.
3 jours après je recourrais, et les derniers signes de courbatures ont disparu 5 jours après.

Placement de produit ?

Je suis fière. Et surtout, je ne suis pas dégoutée de la course à pied. Au contraire.

Mais on va quand même attendre un peu avant de se lancer sur plus hein…

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