rêveries de la joggeuse solitaire

« Après avoir passé quarante ans de ma vie ainsi mécontent de moi-même et des autres, je cherchais inutilement à rompre les liens qui me tenaient attaché à cette société que j’estimais si peu, et qui m’enchaînaient aux occupations le moins de mon goût par des besoins que j’estimais ceux de la nature, et qui n’étaient que ceux de l’opinion. Tout à coup un heureux hasard vint m’éclairer sur ce que j’avais à faire pour moi-même, et à penser de mes semblables sur lesquels mon cœur était sans cesse en contradiction avec mon esprit, et que je me sentais encore porté à aimer avec tant de raisons de les haïr. (…) 
 J’allais voir Diderot, alors prisonnier à Vincennes; j’avais dans ma poche un Mercure de France que je me mis à feuilleter le long du chemin. Je tombe sur la question de l’Académie de Dijon qui a donné lieu à mon premier écrit. Si jamais quelque chose a ressemblé à une inspiration subite, c’est le mouvement qui se fit en moi à cette lecture; tout à coup je me sens l’esprit ébloui de mille lumières; des foules d’idées vives s’y présentèrent à la fois avec une force et une confusion qui me jeta dans un trouble inexprimable; je sens ma tête prise par un étourdissement semblable à l’ivresse. Une violente palpitation m’oppresse, soulève ma poitrine; ne pouvant plus respirer en marchant, je me laisse tomber sous un des arbres de l’avenue, et j’y passe une demi-heure dans une telle agitation qu’en me relevant j’aperçois tout le devant de ma veste mouillé de mes larmes sans avoir senti que j’en répandais. Oh ! Monsieur, si j’avais jamais pu écrire le quart de ce que j’ai vu et senti sous cet arbre, avec quelle clarté j’aurais fait voir toutes les contradictions du système social, avec quelle force j’aurais exposé tous les abus de nos institutions, avec quelle simplicité j’aurais démontré que l’homme est bon naturellement et que c’est par ces institutions seules que les hommes deviennent méchants ! »
Jean-Jacques Rousseau, Lettre à Mr de Malesherbes, deuxième lettre.

Inspirée par ces quelques lignes de Rousseau,  j’arpente depuis plusieurs mois le bois de Vincennes, à la recherche d’inspiration. Je cours, je roule (enfin je pédale) et depuis peu, je marche… mais pour l’instant le hasard n’a pas été si heureux, et il ne m’a apporté qu’ un certain nombre d’écureuils, parfois même un rat, et il n’y a pas si longtemps une prostituée. Karma is a bitch. 
Il faut néanmoins reconnaître le plaisir qu’il y a à marcher (ou courir ou rouler) dans ce bois urbain. Certes cette paix est largement perturbée par le bruit des voitures qui ne sont pas si loin, certes le plaisir est parfois entaché lorsque nos pieds rencontrent du bitume…. Mais, lorsqu’on a du temps, (et n’a t-on pas toujours du temps ?) qu’il est agréable de se promener…. En une vingtaine de minutes on dépasse la moyenne nationale de distance parcourue dans une journée par nos concitoyens, (encore 10minutes et l’on dépasse le temps de marche d’un américain par semaine….). Marcher, ou courir, permet de réaliser ce que fait un kilomètre, permet de voir des endroits dont on ne soupçonnait même pas l’existence ! Quoi ? il y a une cascade au milieu d’une grotte en plein Paris ?! Quoi ? Il y a 3 grands lacs, des paons, et un temple bouddhiste à 10minutes de chez moi ?! 
Prendre un peu l’air, faire marcher les guiboles, c’est un peu contre mon passé de kâgneuse, mais il faut admettre que ça donne un coup de fraicheur au moral : lorsqu’on « cogite », deux attitudes peuvent naitre. La première est la déprime ^^ On pense à tout ce qui ne va pas, et on en rajoute, « et puis en plus je suis bête » « et puis en plus j’ai pas d’argent » « et puis en plus j’ai les cuisses d’un joueur de rugby à la retraite » « et puis… »
La deuxième attitude est une impression de domination et de contrôle absolu : peut-être est-ce dû à l’absorption de gamètes de fougère à plein poumon, ou à l’oxygénation du cerveau, ou aux endorphines produites par ce corps si peu habitué de nos jours à bouger… peut-être à cause de tout ça, bref on plane. 
Lorsqu’on fait du bien à son corps (bien au sens de « sain » car je dois dire que le pesto rosso et le nutella font aussi, à leur manière, beaucoup de bien à mon corps… ou bien serait-ce à mon esprit..?) on se sent vivant et fort. On ne sait toujours pas comment sauver le monde, pourquoi on est ici, pourquoi il y a quelque chose plutôt que rien, mais sent que ce que l’on fait, là, en crapahutant dans la « nature », se rapproche de la vérité, du bien, du logique, du naturel


Je m’effondre au pied d’un arbre, j’aimerais que ce soit un Chêne, mais ça ressemble plus à un vieux platane. Les larmes et la sueur mouillent ma veste. Je n’ai pas d’illumination mais un point de côté. Ou alors peut-être ai-je eu une petite vision…. pendant un bref instant, à galoper dans la forêt je me suis sentie plus humaine que lorsque je suis littéralement compressée entre 75 humains dans le RER A…. pourquoi ?
blablabla…..


 

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