Jean Mabillon

Ha Mabillon…. Fameuse station de métro au nom obscur. Je ne vous dirai pas que je me suis « toujours demandée qui était Mabillon », car à vrai dire je ne m’étais jamais vraiment posée la question. Mabillon, petite station de Saint Germain, ne suscite pas vraiment la curiosité : on se dit que Mabillon était peut-être un conseiller d’un roi lointain, un architecte, peut-être un musicien (son nom a une jolie mélodie) ou même peut-être serait-ce le nom d’une bataille : la célèbre bataille de Mabillon.
Et bien non, Mabillon était un moine. Né en 1632 et mort en 1707 à Saint Germain des près : je ne sais pas si ce lieu de mort a justifié l’emplacement de sa station-de-métro-mémoriale… c’est d’ailleurs à l’inverse quelque chose qui m’a souvent fait m’interroger : y a t-il un lien entre les morts et les lieux baptisés en leur nom ? Montaigne apprécierait-il vraiment d’avoir son nom donné à l’avenue la plus riche et chère de Paris ? A l’inverse je pense que Rousseau serait satisfait d’avoir donné son nom à une minuscule rue sans prétention. Bref.
Revenons en à Mabillon, Jean de son prénom, petit moine français de l’ordre des bénédictins. Du haut de son XVIIe siècle Jean a révolutionné (Une sorte de Steve Jobs des idées pénales) une partie de la justice pénale. Petit rappel pour ceux qui ne savent pas : il y a deux pôles dans la justice, d’une part le pôle de « l’utilité sociale », à savoir, par la punition, faire en sorte de dissuader les autres individus de commettre telle infraction. D’autre part il y a le pôle « rétributif », c’est à dire le fait de punir le coupable pour son crime. Et il faut arriver à trouver un équilibre entre les deux : si on brûlait vif tous ceux qui ne paient pas leur ticket de métro, il se peut que moins de gens frauderaient…. cependant la punition n’est pas « juste », elle est bien plus grande que le crime. Et inversement si la punition est trop « faible », elle peut ne pas être dissuasive.
                           En 1690, notre Jean écrit un livre, Réflexion sur les prisons des ordres religieux, (qui ne sera publié qu’après sa mort….) dans lequel il énonce deux grands principes, totalement modernes et novateurs en ce qui concerne la punition d’un moine qui aurait violé la règle.
Le premier principe concerne « l’individualisation de la peine » : il faut prendre en compte la personne qu’est le criminel. En effet la peine ne peut être la même si le fautif a 22 ans et est en pleine santé, que s’il a 70 ans et qu’il a du mal à se tenir debout. Ce principe n’est pas vraiment pris en compte aujourd’hui, car deux thèses s’affrontent : la thèse « démocratique » (ou même chrétienne) selon laquelle chaque individu est unique et mérite donc un traitement individualisé. Et la thèse selon laquelle il est plus efficace d’avoir des peines « automatiques », comme les radars par exemple.
Le second principe énoncé par Mabillon est la « resocialisation du condamné ». En effet, la justice n’est juste que quand celui qui a purgé sa peine est redevenu innocent et peut réintégrer la société. (C’est également un principe emprunt de christianisme). Deux versants découlent d’une telle affirmation : d’une part il faut que les procès soient publics pour éviter l’arbitraire mais il ne faut pas qu’il y ait trop de monde non plus. Il ne faut pas que cela donne des idées aux autres, mais également, il ne faut pas trop stigmatiser le condamné : si tout le monde assiste au procès alors le coupable aura beaucoup plus de mal à se réintégrer après.
D’autre part, rappelons qu’à l’époque où écrit Mabillon, les types de peines sont de l’ordre de la torture, du bûcher… du « supplice ». Pour Mabillon, il faut arrêter cela et développer l’enfermement (comme nous avons aujourd’hui); mais pas n’importe quel enfermement : la cellule ne doit pas être trop petite ni trop sombre, il faut que le moine puni puisse faire une promenade, surtout qu’il puisse travailler (car l’ennui est source de maux et de vices) et il ne faut pas qu’il soit avec d’autres fautifs, mais au contraire avec des moines « vertueux » pour profiter d’une influence positive…
Ce programme de Mabillon a nourrit les Lumières. Il suit un idéal de perfection chez l’homme, propre au christianisme, qui aujourd’hui peut faire question. Dans le principe, on est toujours d’accord, mais lorsque l’on est face au fait il est parfois difficile de ne pas avoir des envies de supplice. Considérer qu’un pédophile, un tueur, ou tout autre auteur de crimes graves puissent devoir se réintégrer est très difficile. Croire à la bonté de l’homme, croire à la « seconde chance », au « rachat de ses crimes », est-ce naïf ? est-ce utopique ? Faut-il vouloir s’améliorer ? est-ce à la société d’aider les criminels à changer ?
Voilà de quoi réfléchir la prochaine fois que vous passerez à Mabillon…

2 réflexions sur “Jean Mabillon

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